WOLF

Wolfgang a 50 ans. Il me dit en avril 2013 qu'il a le cancer du colon. Je lui propose de l'accompagner et de le photographier à l'hôpital ainsi qu'à son domicile.
A l'hôpital, le rituel est toujours le même : prise de sang, salle d'attente, rencontre avec ses docteurs, chimio, parfois il a une radio, parfois un IRM. «Tout ce que j'ai fait et ce que j'ai vécu, devait-il me conduire là ? A quoi cela sert d'être malade ?» me dit-il à la salle d'attente.
A son domicile, je retrouve Wolfgang envahi d'objets qu'il n'arrive pas à se débarrasser. Dans ce capharnaüm méthodiquement arrangé, je le prends en otage et je le fais poser, pour quelques minutes seulement, car il est trop affaibli.
Cette confusion entre la mise en scène dans son appartement et le pris sur le vif à l'hôpital apporte une vision très personnelle sur la fin de son existence, la solitude et la mort.

[A mon frère Stéphane]

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«Les images en de courtes scènes s’emboîtent, se complètent et esquissent un récit qui est au cœur du geste premier de la photographie. Observer la mort comme la vie au travail. Le personnage dont nous faisons la connaissance est soigné dans un milieu hospitalier, mais ce récit-là, assez répandu, de l’homme en souffrance ne suffit point pour en cerner plus avant les dimensions singulières. Et Tony Kunz transgresse avec un certain bonheur espiègle, et paradoxal en de telles circonstances, les codes du portrait de malade. Il place son personnage sur d’autres scènes de son existence. Et quelle surprise de découvrir son tonneau de Diogène, où il pose casqué. La provocation est joyeuse et paraît se nourrir du cynisme ludique du philosophe grec. Mais la charge métaphorique de ces images est de taille, quant à considérer cet ordre fait d’un désordre considérable propre au dérèglement de tout un univers, de toute une vie.
Visage grave, visage masqué, présence muette et sérieuse. Puis ce saut encore dans une autre dimension de la mise en scène, celle voulue par le personnage peut-être, l’énigme pour ce qui concerne le pacte passé entre le photographe et l’homme reste entière. Celui-ci est allongé sur le dos en pleine nature et tient dans sa main ce qui doit être un déclencheur à distance d’un possible appareil photographique. S’agit-il dès lors d’un dispositif d’autoportrait que saisit Tony Kunz? L’homme couché met-il le feu à lui-même, lui que l’on voit ensuite tout auréolé de fumée? De quel fantasme ce jeu se nourrit-il, sinon de celui de l’enfance dont les jeux ont le goût de l’innocence ingénue, seule à même de mettre en échec le temps qui abuse des corps et des esprits, ultime parade afin de tenir à juste distance en un miroir spectral la mort qui va et qui vient. Afin de conjurer la peur du Wolf?»

Jean Perret – Chroniqueur Photo dans La Couleur des Jours

WOLF


Wolfgang is 50 years old. He told me in April 2013 that he has colon cancer. I suggested that I accompany him to the hospital and photograph him there and also in his home.

At the hospital, the ritual is always the same: blood test, waiting room, consultation with his doctors, chemotherapy, sometimes he has a radiotherapy, sometimes an MRI. "Everything I've done and how I have lived, does it have to bring me here? What's the point of being sick?" he told me in the waiting room.

At home, I found Wolfgang surrounded with items he could not throw away. I made him pose for me in this methodically arranged mess for only a few minutes, because he was too weak.

This confusion between posing in his apartment and time spent at the hospital brings a very personal vision of the end of his existence, loneliness and death.


[To my brother Stéphane]


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"The images of short scenes fit together, compliment each other and outline a narrative that is at the heart of the first act of photography. Observe death as life at work. The character which we meet is being treated in hospital, but this story, fairly widespread, of human suffering is not sufficient to identify further the singular dimensions. And Tony Kunz transgresses with a playful and paradoxical happiness in such circumstances, the codes of the patient portrait. He places his character on other stages of existence. And what a surprise to discover his tub of Diogenes, where he poses helmeted. The provocation is happy and seems to feed the playful cynicism of the Greek philosopher. But the metaphorical burden of these images is of size as to consider this order is of considerable disorder specific to the disruption of a whole universe, of a lifetime.

Serious masked face and serious silent presence. Then jump again to another dimension of the staging, intended by the character maybe, the enigma of the pact signed between the photographer and the man remains. This one is lying on his back in nature and holds in his hand what is to be a remote trigger of a possible camera. Is it therefore a self-portrait device that captures Tony Kunz? The man lying down sets fire to himself, him theone then sees all wreathed in smoke? What fantasy feeds this game, if not of children whose games have a taste of innocence, the only way to defeat the time that abuses of bodies and spirits, final parade to keep at a right distance in a spectral mirror the death that comes and goes. To ward off the fear of the Wolf? "


Jean Perret - Photo columnist in La Couleur des Jours

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